Peut-être l’avez-vous remarqué… Au 2A rue de l’Épine, face au bar à bière l’Exils, la presque vingtenaire boutique d’habillement L’appartement a cédé sa place à La compagnie des anges. Dans les vitrines, les sapes de créateur ont été remplacées par des meubles anciens mais aussi des tissus. Mais alors, commerce d’antiquités ou marque de linge ? Un peu les deux, et bien plus encore : ce lieu, c’est en fait le rêve de Benoît, commercial récemment retraité et passionné par les vieux objets, et son épouse Agnès, auparavant chanteuse dans les Choeurs de l’Opéra national du Rhin et collectionneuse inavouée… « Une boutique c’est vraiment une aventure formidable quand on n’a pas à en vivre. Avant de vendre, on veut transmettre. »

  • Une passion ancienne pour les meubles anciens

À mesure que Benoît raconte sa passion pour l’ancien, il semble rajeunir, et pour cause : le goût du bel objet, il l’a acquis dès l’enfance sous l’égide d’un père chineur qui possédait plusieurs milliers d’objets précieux. « C’est amusant parce qu’il n’était pas très partageur, mais comme on dit, il suffit d’une ou deux fois. » Une ou deux fois sur le retour de plusieurs semaines de ventes en Italie, son père ouvre avec lui ses valises bourrées de trésors, et lui fait deviner la fonction de tel ou tel objet curieux. Une fois ou deux, le petit Benoît voit son papa sortir une grosse liasse de billets pour acquérir une pièce, « et quand on est enfant, on est très impressionné par l’argent ! [rires] » Et c’est ainsi que Benoît se retrouve attaché aux objets anciens, sans pour autant en faire sa profession. « Dans ma première vie, j’étais commercial. Je vendais du matériel médical aux hôpitaux… Il y avait une exigence de résultat, mais aussi une grande liberté de composition pour réussir, donc je m’arrangeais toujours pour trouver des ventes sur la route d’un hôpital ! » Par la suite, il fonde deux sociétés à succès avant de prendre sa retraite dès soixante ans et de réaliser : « J’aimais bien ce que je faisais, mais ce n’était pas le rêve. Là j’y suis. »

  • Un rêve commerçant plutôt que commercial

Son rêve, ce collectionneur de toujours ignorait jusqu’à très récemment qu’il correspondait à une boutique. « J’ai eu l’idée un peu par hasard… Un jour en me promenant sur les quais, j’ai vu un local à louer et tout s’est aligné. » Ni une, ni deux, Benoît se met en chasse d’une annexe à même d’accueillir tous ces objets qu’il adore chasser mais encore plus partager. Quelques mois plus tard, il tombe avec son épouse sur ce local lumineux de 120 mètres carrés rue de l’Épine, occupé depuis 18 ans par une boutique d’habillement qui s’apprête à fermer… La propriétaire est conquise par le projet du couple : « La compagnie des anges » ouvre dès le mois suivant, en décembre dernier.

De cette aventure commerçante, Benoît semble extrêmement satisfait ; avec les yeux qui brillent et un débit de paroles plus lent, comme pour mieux apprécier son récit, il raconte : « Une boutique c’est une aventure formidable quand on n’a pas à en vivre. Bien sûr on est toujours contents de vendre, mais c’est une joie plutôt qu’un soulagement. C’est vraiment passionnant de découvrir un métier, et puis aussi d’accueillir chez soi, quelque chose que je ne connaissais pas en tant que commercial, et tout ça par pur plaisir. Avant de vendre, on veut transmettre. Et je crois que ça marche, nos visiteurs sentent quelque chose dans ce lieu, ils se disent bien sans qu’on leur demande. » 

  • L’art populaire pour tous (comme il se doit)

Après quelques achats de meubles supplémentaires, une rapide rénovation de la cave et la pose de nouvelles enseignes, Benoît et Agnès ouvrent leur boutique, dédiée aux objets du quotidien compris dans l’art populaire, qui va de la cuillère sculptée à l’armoire peinte. Des objets qui n’étaient pas seulement fonctionnels, mais aussi esthétiques, témoins d’un savoir-faire aujourd’hui en passe d’être oublié : « Il disparaît peu à peu et il y a peu de musées qui s’en saisissent ; exception faite du très beau Musée alsacien ici. On a la chance d’avoir rencontré un ébéniste qui sait tout faire pour réparer nos pièces. » Bois, bronze ou fer, cuillère, horloge ou console, la boutique du couple qui ne s’interdit rien regorge de propositions variées rassemblées en une sélection cohérente, valorisée par les tissus de la marque Artiga, une maison basque dont les rayures se marient bien avec l’ancien. « Pour moi la cohérence, c’est de choisir des objets qui me plaisent. »

Le matin-même, Benoît a récupéré ce coffre à secret (qui ne s’ouvre que si vous connaissez la combine) réparé par son ébéniste grâce aux informations trouvées dans ces livres.

Pour autant Benoît et Agnès ne mentent pas, un objet ancien, sauf exception, ça se paye. Bien sûr, il y a quelques objets de taille ou d’origine modeste qui se vendent dès 10€, mais dès qu’on parle de meubles, en toute honnêteté, ça se corse. Néanmoins, le couple tient à ce que tous les curieux qu’ils soient fortunés ou non, connaisseurs ou pas, se sentent libres de passer la porte de leur boutique : « En six mois, on a vendu deux armoires. Ce n’est pas énorme mais on ne l’espérait pas. À la base, on ne les a pas exposé pour les vendre, on voulait juste rappeler la chaleur d’un intérieur ! »


Amateurs d’ancien, vous savez désormais où aller pour découvrir du mobilier sublime car sans prétention dans un cadre formidable car sans condescendance. Benoît et Agnès se feront une joie de vous raconter l’histoire de tel ou tel objet, de sa fabrication à son achat en passant par son utilité.

La compagnie des anges, meubles anciens et linge basque
facebook.com/compagniedesanges
2A rue de l’Épine, du mardi au samedi de 11:00 à 19:00

Ceci est un porte-cigarette.

 

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