L’été, c’est la saison des terrasses, des longueurs sous le soleil, du bronzage et du farniente, mais c’est aussi l’occasion de pratiquer notre sport national : l’abandon. Et avec plus de 100 000 animaux abandonnés par an, autant vous dire que la France est sacrée première d’Europe en la matière. Cocorico. Mais parce que ce n’est pas souvent qu’on peut se vanter d’être Top 1 dans un domaine, on ne va pas lâcher le podium facilement ! Alors s’il faut être agir comme les plus lâches de la planète pour la conserver, on ne va pas se gêner ! En cette saison des abandons, on vous a concocté une liste des 10 raisons d’abandonner son animal afin de soulager les consciences et de se surpasser encore une fois.

Près de 70 chiens, plus de 150 chats sans compter la cinquantaine gardés en famille d’accueil (essentiellement des chattes avec leurs petits) : grande surprise, la SPA de Strasbourg est BLIN-DEE. Ah oui, il y a aussi une vingtaine de lapins qui attendent d’être adoptés. Pas étonnant, quand on sait que chaque année, il y a un pic d’abandon après les fêtes de Pâques (non, ce n’est pas une blague.) Au cours du mois de juin dernier à Strasbourg, les abandons ont été record (48 chiens et pas moins de 113 chats). Danielle Gilliot, présidente de la SPA de Strasbourg, assiste à une augmentation des abandons d’année en année

Toutes les raisons semblent bonnes pour bazarder son compagnon. En voici un petit florilège.

  1. AGIR SUR UN COUP DE TÊTE ET ACHETER UNE BEBETTE

C’est en regardant une magnifique photo de piti chaton cro choupi que l’idée t’es venue. Il te faut un chat ! Ou bien peu importe, tant qu’il est tout piti tout mimi, les bébés, c’est vraiment chou. Et comme dans la vie, il faut suivre ses envies, fonce à l’animalerie ou jette un coup d’œil sur quelques sites et là, tu seras garanti de pouvoir l’acheter au plus vite. Et puis quand il sera grand, débarrasse-toi en, parce que bon il faut le dire, ils sont plus aussi mimi quand ils sont grands. 

Pour Danielle Gilliot, la cession d’animaux devrait être plus encadrée en France.Il faut impérativement que les jeunes générations soient plus informées. Ce qui est important, quand on prend un animal, c’est l’avant. On devrait être prévenu de la charge que cela représente. Quand vous prenez un animal, réfléchissez, il faut penser à tout. Il faut aussi arrêter les ventes en animalerie et lutter contre les ventes par le biais de sites marchands, ce n’est rien d’autre que de l’élevage clandestin.” Il y a quelques jours, les bénévoles ont récupéré un petit poussin, parce qu’un jeune homme avait dit à ses amis qu’il aimerait bien en avoir un et ceux-là ont jugé bon de lui offrir pour son anniversaire.

2. EN VOULOIR TOUJOURS PLUS

Tu n’arrives pas à choisir entre un chat et un chien ? Prends les deux ! Bon, certes, tu habites dans un studio, mais bon tu as un balcon donc ça passe. Les bénévoles font aussi de plus en plus face à la maltraitance animale. Cette année, ils ont été confrontés à deux cas du syndrome de Noé (qui consiste à posséder un très grand nombre d’animaux chez soi, dans des conditions bien souvent déplorables). Tout deux faisaient cohabiter plus d’une vingtaine de chats dans un petit espace, qui vivaient dans des conditions dramatiques.

3. NE PAS ETRE PRÊT A DÉPENSER SANS COMPTER

Tu dois payer des vaccins, le vermifuge et encore raquer si tu veux le faire garder pendant les vacances ! Et puis quoi encore, les croquettes c’est déjà pas donné et c’est pas ta bourse d’étudiant.e qui va t’aider. 

Danielle Gilliot s’interroge : “Je me demande si les gens sont conscients par rapport à ce que représente un animal. Il y a des frais médicaux importants et il faut le savoir, c’est notamment pour cela que je conseille toujours de prendre une assurance quand on a un animal.” Pour ceux qui ont de grosses difficultés, il y a aussi des solutions dont on vous avait parlé par ici.

4. AVOIR UNE PORTÉE À ÉCOULER

Stériliser Rex et Pepette ? Non merci, est-ce qu’on stérilise les humains ? Alors pourquoi le faire avec les animaux. Tu verras bien, si Pepette tombe enceinte, c’est qu’elle l’aura voulu. 

Pour Danielle Gilliot : “La stérilisation des chats, c’est quelque chose de dramatique. Il faut impérativement faire stériliser les chats, car leur multiplication est exponentielle. Les gens sont envahis donc ils les lâchent dans la nature. L’été, en plus, c’est une période féconde. Il faut impérativement contrôler les naissances des chats.” Elle ajoute : “Les villes doivent aussi s’investir. Il faut savoir que chaque mairie peut demander à certaines associations comme 30 Millions d’amis par exemple, de débloquer une certaine somme, allouée à la stérilisation des animaux. Il suffit de remplir et présenter un dossier. »

Deux des nombreux chatons présents au refuge.

5. FINIR CÉLIBATAIRE ET TOUT ENVOYER EN L’AIR

Avec Jean-Mi, c’est fini. Comme votre histoire, Rex et Pepette appartiennent maintenant au passé. Après tout, vous les aviez choisi ensemble, à quoi bon les garder aujourd’hui ? C’est l’histoire de Sami, un chien de race commune de 11 mois, déposé au refuge cet été, car ses maîtres divorcent. 

6. AVOIR UN APPART RIKIKI

Il aura fallu batailler, mais tu l’auras enfin eu 30 m2 en plein cœur de la Krutenau. Nouvel appart, nouveau départ ! Il n’y a plus de place pour le panier de Rex et puis, de toute façon, le proprio interdit les animaux. C’est l’histoire de Pacha, qui a été adopté à la SPA puis rendu, car la famille a déménagé et l’appartement ne convenait plus à un chien. Concernant la taille du logement, la présidente de la SPA de Strasbourg précise souvent : “Dites-vous que l’animal sera bien mieux dans un petit appartement que dans une cage.

7. MANQUER DE TEMPS

Tout beau tout neuf ce petit contrat d’extra au Do Mac ! Mais cumulé à tes 16 heures par semaine à la fac, ça commence à faire beaucoup. Et puis une seule heure de pause pour manger, c’est déjà short short…et faudrait encore que tu sortes Rex ? Tu n’as tout simplement plus le temps !

8. SOUFFRIR D’UNE ALLERGIE FULGURANTE

Des poils, des poils, des poils, partout des poils ! Qui aurait cru qu’un animal ait autant de poils ? C’est quand même gênant. Sans compter le fait que tu doives nettoyer deux fois plus souvent ton appart, tu éternues pas mal ces derniers temps. Dans le doute, c’est plus sûr de rendre Pepette. Tu ne vas pas te flinguer la santé non plus. 

9. VOULOIR PARTIR EN VACANCES SANS SE POSER DE QUESTIONS

Ayé, les vacances en Croatie pour le mois d’août sont réservées, mais l’hôtel n’accepte pas les animaux. T’as payé une petite fortune pour ce trip All inclusive, alors pas question d’annuler. Faire garder Rex et Pepette ça demande beaucoup de logistique, il y a bien des applications de garde, mais ça demande du temps et surtout de l’argent ! Tu paies déjà pour les vacances, tu ne vas pas encore payer pour faire garder tes animaux.

10. POUR FAIRE PLAISIR AU REFUGE

La SPA, elle sert à ça. Ils aiment bien les animaux dans ces assos, ils seront ravis que tu leur apportes un nouveau pensionnaire, cela leur fait plaisir. (“Je pensais que cela vous ferait plaisir” : réponse prononcée par un jeune homme venu déposer un animal au refuge de Strasbourg.)

Pendant la visite, une des bénévoles vient nous informer qu’il faut réimprimer des fiches d’abandons car l’accueil est à sec.
Sur le formulaire, la raison de l’abandon doit être formulée sur quelques lignes.

Petite précision : si tu venais à succomber à la flemme de te déplacer jusqu’à un refuge, saches que celle-ci peut te coûter cher. Si l’abandon via les associations est aujourd’hui légal, ne pas passer par ce circuit peut être considéré comme un acte de cruauté ou maltraitance animale et tu t’exposerais alors à deux ans d’emprisonnement et à près de 30 000 euros d’amende. Parfois, la flemme peut coûter cher. Pour Danielle Gilliot :  “Il faut condamner les maltraitances comme les abandons au bord d’une route, dans un sac-poubelle ou attaché en plein soleil. Mais il ne faut pas pénaliser les personnes qui viennent déposer l’animal au refuge, justement pour éviter ce genre de situations.

Évidemment, aucune des raisons citées ne peut-être considérée comme valable. Malheureusement, chacune d’elle figurant dans ce classement a déjà été entendue par les bénévoles du refuge. Si l’une d’entre elles te semble envisageable, évite simplement de prendre un animal. Lorsqu’on demande à Danielle Gilliot ce qu’elle répond à une personne qui souhaite abandonner son animal, c’est une question qu’elle choisit d’adresser : “Avez-vous vraiment réfléchi à la peine et à la souffrance que vous allez infliger à cet animal ? N’y a-t-il vraiment pas d’autre solution ?”

Au moment de dire au revoir, nous repassons par l’accueil en compagnie de Mme Gilliot. En passant, on croise une femme qui discute avec un bénévole, tenant deux chiens en laisse. Nous nous attardons et je sors finalement par une autre entrée que le portail principal. Le temps de ranger mon appareil photo, je lève les yeux et mon regard croise celui de la femme aperçue à l’accueil. Elle se dirige vers sa voiture en pleurs, et ne tient plus de chien en laisse. Je passe les minutes suivantes à attendre mon Uber, en observant les deux petits nouveaux que je suppose être des Yorkshire, faire le tour de leur nouvelle cage, un air perdu.  

Sérieux, n’abandonne pas.


Envie d’aider ?
Actuellement, le refuge accueille une soixantaine de bénévoles très réguliers et d’autres qui se déplacent plus ponctuellement. Néanmoins, l’association est en permanence à la recherche de nouveaux bénévoles. En quoi ça consiste concrètement ? Prêter main forte pour le nettoyage des cages des chiens ou des lapins, entretenir la chatterie et participer à la socialisation des chats à base de traitement aux caresses. Mais aussi promener les pensionnaires canidés ou encore aider à l’entretien/autre mot des locaux tout simplement en effectuant le ménage ou quelques réparations. Donc si tu as un peu de temps libre et que tu es en manque cruel de babines baveuses et de pelage soyeux, n’hésites pas à devenir bénévole en te renseignant juste ici.

Les 5 et 6 octobre prochains auront également lieu les portes ouvertes de la SPA de Strasbourg, 7 rue de l’Entenloch, un événement qui permet de donner une image positive du refuge et où tout le monde est bienvenu. 

Caroline Alonso.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here