Discrètement installée sur la rue de l’épine depuis 2014, l’âme du savon d’Alep fait partie de ces boutiques qui ont ce « je ne sais quoi », qui nous mettent dans un drôle d’état (big up France Gall). Avant même de franchir le seuil de la porte, les mystérieuses tours de savons – que l’on aperçoit à travers les fenêtres – intriguent et surprennent. Ensuite, c’est la douce odeur du produit phare de la boutique qui vient délicatement titiller les narines. Puis, une fois à l’intérieur, on découvre un lieu chargé d’Histoire et d’histoires qui va te donner envie de tout plaquer pour vivre dans ta baignoire. Tu ne me crois pas ? Alors lis donc un peu ça. 

« Savoir-faire d’hier. Bien-être d’aujourd’hui. »

Si la boutique de Fateh-Didier Chehadeh a ouvert ses portes en 2014, l’expertise familiale, elle, se transmet de père en fils depuis maintenant 8 générations ! Pour la petite histoire, c’est Fateh lui-même qui a été le premier syrien a importé le savon d’Alep sur les marchés français en 1991: « A l’époque les gens pensaient que c’était du fromage ! » me raconte Laïth, le fils de Fateh et l’ambassadeur / chargé de développement de la marque.

La famille Chehadeh était donc, bien avant l’ouverture de la boutique, une vraie référence en matière de savon : savonnier producteur à Alep, Fateh exportait de 150 tonnes à 300 tonnes de savons par an en Europe (France, Danemark, Pays-Bas) et même au Japon. Mais, en 2012, la guerre civile qui a décimé le pays a détruit au passage l’entreprise familiale : « tout a été pillé, des savons à la marchandise, en passant même par les câbles de caméra… » La famille prend donc la difficile décision de quitter la Syrie et s’installe, un an plus tard, à Strasbourg.

« On avait le projet de relancer la machine mais on ne savait pas comment... » Progressivement, l’idée d’ouvrir une boutique à Strasbourg – vitrine de leur savoir faire – commence à germer. Grâce à l’aide du frère de Fateh, resté en Syrie, la production a pu petit à petit se remettre en place, avec les moyens du bord. Pour le nom, ils se sont inspirés du livre de Françoise Cloirec dont le résumé commence ainsi : « La madeleine de Proust d’un Alépin en exil, c’est l’odeur du savon. Avec elle, il retrouve son enfance et, au-delà, le passé millénaire de sa ville et de ses traditions. » Quand je vous disais que cette boutique racontait des histoires…

C’est ainsi que, depuis presque 4 ans, Strasbourg a la chance de compter parmi ses commerces une boutique unique qui propose des savons 100% fabriqués à Alep. Car pour Fateh et Laïth, pas question de faire du savon d’Alep sans les vrais produits alépins et le savoir-faire syrien : « le savon d’Alep est un savon de la plaine d’Alep : la façon dont le vent passe à travers les oliviers est différente que dans d’autres régions, notre terre est rouge donc les arbres s’alimentent de minéraux différents, on utilise l’eau de l’Euphrate qui a un ph différent, le ciel aussi est différent et les hommes y travaillent différemment… Donc si les savons ne sont pas produit avec tout ces ingrédients, ce ne sera pas le produit d’Alep.« 

Le savon d’Alep : un produit aux multiples facettes

Et justement, puisqu’on parle de produit : il a quoi de si spécial ce savon ? « C’est un traitement pour le corps mais aussi pour l’esprit car chaque savon est unique : ils sont tous découpé à la main donc aucun n’a la même taille, le même poids, la même forme. Chacun a sa particularité et raconte une histoire. » Niveau recette, on trouve dans le savon d’Alep de l’huile d’olive, de l’huile de laurier et un agent alcalin pour faire bonifier le savon, soit uniquement des ingrédients totalement inoffensifs pour la peau. Du coup, si on l’utilise de manière régulière, le savon d’Alep peut permettre de traiter l’acné, l’exéma ou encore le psoriasis !

Quant à elle, la fabrication est complètement artisanale ! Pour les plus curieux, la vidéo qui suit raconte, en images, les différentes étapes qui permettent d’obtenir le savon d’Alep que vous trouverez dans la boutique de Fateh. Elle a été réalisée il y a quelques années par « Des Racines et des Ailes », lors d’un reportage dans la savonnerie de la famille Chehadeh.

Aujourd’hui, avec un chaudron, environ 2 tonnes de savons sont produits. « Avant, on pouvait faire 50 chaudrons dans l’année ! Maintenant, si on en fait 2 on est content. Ça a bien changé… »

Mais si l’Histoire et la tradition sont au cœur de chaque savon, Laïth, du haut de ses 22 ans, compte apporter à l’entreprise familiale une pointe de modernité : « J’aimerais rajeunir un peu l’image du savon d’Alep, le décliner sous de nouvelles formes ! Mon rôle, dans l’entreprise, c’est de garder le navire en équilibre en maintenant la tradition et le savoir-faire de notre produit – dont je me suis imprégné depuis ma naissance – tout en appliquant des techniques plus “jeunes” pour attirer un nouveau public ! » Et vu l’énergie, les idées et le dynamisme du jeune homme, on ne peut que se dire que le savon d’Alep a encore de longs et beaux jours devant lui.

Du savon… mais pas que !

Vous l’aurez compris, LE produit phare de l’Âme du savon d’Alep c’est…wait for it… le savon d’Alep. Il existe même en version gel douche liquide ! Mais dans la boutique, tu trouveras aussi des tas d’autres merveilles, uniques et authentiques, en lien avec l’art du bain et du bien-être. Par exemple : de l’eau de rose de Damas (testé et validé par moi-même), du sel de bain, des gommages ou encore des déodorants en pierre d’alun. En plus, puisque Noël approche, pleins de jolis coffrets cadeaux de 20 à 70 euros sont prévus pour l’occasion !

Mais comme au début je t’ai promis un voyage au cœur de ta baignoire, loin de moi l’idée de te décevoir ! Dans la boutique, tu trouveras donc aussi : des serviettes indiennes en coton biologique (JE TE JURE, on voit presque des montagnes d’épices au travers), des tapis égyptiens ultra-colorés, des paniers et porte-savons syriens en pneus recyclés (fabriqués de manière complètement artisanale) ou encore de la magnifique verrerie de Damas : « Mon père m’emmenait la bas quand j’étais petit pour voir le maître verrier travailler. Il m’avait dit que chaque bout de verre représentait un morceau de l’artisan, qui va chez les gens et qui reste emprisonné dans ce verre ».

Et quand je te parlais de voyage, c’est précisément là où je voulais en venir : quand tu rentres dans cette boutique, ce n’est pas uniquement pour consommer. Tu y entres pour voyager. Car derrière chaque produit, il y a une histoire, il y a des gens, il y a des vrais souvenirs et des histoires que Fateh et Laïth sont toujours prêts à raconter, avec passion et bienveillance.

Et crois moi, si tu prends le temps d’aller les écouter, tu ne vas pas le regretter.


L’ÂME DU SAVON D’ALEP

Adresse : 3, rue de l’épine, 67 000 Strasbourg
Téléphone : 09 84 11 94 43
Horaires : 10:30–12:30 et 14:00–19:00 du mardi au samedi

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