C’est un fait : je n’aime pas l’hiver, je ne suis pas un fan de bredele et le marché de noël je ne PEUX plus l’apprécier. Strasbourgeois depuis huit ans je me suis fais une promesse lors de l’hiver 2016 : l’année prochaine je quitte Strasbourg avant de me transformer en Grinch.

2017 est également l’année de mes 30 ans. Après avoir déjà pas mal voyagé, je me sentais un peu plus mûr qu’à 20 ans et j’ai décidé qu’il était temps de réaliser ce fameux rêve : partir seul en Inde. Ce pays-continent m’intrigue et me fascine depuis l’enfance mais je ne voulais pas y débarquer avant d’être prêt. J’avais lu et entendu beaucoup de témoignages sur le choc que l’Inde provoquait chez les voyageurs. J’avais donc décidé d’attendre. Mais là, je le sentais : c’était le bon moment.

Benjamin, l’auteur, immortalisé durant son voyage

Après une petite négociation avec mon employeur, j’ai obtenu un mois de congés en novembre. L’une après l’autre, j’ai franchi les étapes qui me permettaient de finaliser le projet qui ainsi, au fil des jours, devenait de plus en plus réel : achat des billets d’avion, du guide, de quelques babioles pour le séjour.

J’ai choisi de partir en Inde du nord (au Rajasthan et dans l’Uttar Pradesh) car cette partie du pays est réputée plus « difficile » et plus « authentique » que le sud. Je voulais découvrir ce pays et sa culture en y étant totalement immergé. Bien sûr, on ne peut pas éviter les zones touristiques car logiquement si elles le sont, c’est bien parce qu’elles ont un intérêt certain.

Dernière étape avant le grand départ, réaliser une feuille de route avec un itinéraire que j’allais plus ou moins suivre.

Quelques conseils de mes amis qui avaient déjà été dans le pays ont été les bienvenus aussi. Des bisous à la famille, aux colocs, aux amis et au chéri et voilà le jour J.

Avant de me lancer dans l’aventure indienne en solo, j’ai fais une escale de quelques jours à Istanbul avec une amie. Une ville vraiment très intrigante, c’était l’Europe en Asie orientale ! Une belle découverte et j’y retournerai, bien entendu, pour explorer d’un peu plus prêt la grande Turquie.

Güle güle Türkiye et me voilà dans l’avion direction New Delhi. Un mélange d’excitation et une légère appréhension s’entremêlaient dans ma tête. Après plus d’une heure trente à tourner autour de la piste d’atterrissage, mes pieds ont enfin foulés le sol indien. A l’arrivée, petite ombre au tableau (ou plutôt un énorme nuage de pollution).

Première impression : il y a peu de monde. Bizarre de se dire qu’il y pas grand monde quand on sait que le pays compte 1 300 000 habitants. Je passe par la case douane et je prends le métro direction Old Delhi ou j’avais réservé un lit dans une auberge de jeunesse pour simplifier mon arrivée. Et là … la claque, le coup de poing, l’uppercut !

Je me retrouve au milieu d’une rue dans le chaos total. Une foule incroyable, des klaxons dans tout les sens, des hurlements, des odeurs, des personnes presque nues dormant à même le sol dans les ordures mais aussi de magnifiques saris, des bindis sur tous les fronts et une élégance qui dénotait d’une grande misère.

Ce fut un moment émotionnellement très intense qui aurait pu se transformer très vite en bonne grosse crise d’angoisse. Heureusement, j’ai tenu le coup mais j’étais totalement perdu. Ce n’était pas mon premier voyage en solo mais pour la première fois je me suis dis que je n’allais pas réussir à m’en sortir. Il m’était impossible de me repérer.

A Delhi, il y a des rues mais elles n’ont pas de noms… Il n’y a pas de centre ville non plus… Après avoir abordé 30 personnes différentes (dont 29 ne m’ont pas comprise) j’ai réussi à monter dans un Tuktuk , qui a mis une heure à m’emmener à 500 mètres de là.

Une fois dans mon auberge, j’avais peur ! Je ne savais pas comment j’allais sortir à nouveau. Pour faire quoi ? Pour aller où ? J’ai même sérieusement pensé à prendre un avion et me barrer ailleurs. Finalement j’ai fait une petite sieste et après avoir appelé mon chéri pour partager mon pic de stress, j’ai rencontré Antoine, un autre français qui voyageais à travers l’Asie depuis quelques semaines et qui était lui aussi complètement retourné par l’Inde. Il m’a dit que contrairement aux autres pays qu’il avait déjà visité, il se sentait très mal à l’aise ici et qu’il était aussi perdu que moi. Après une bonne bière, on a décidé d’affronter la ville ensemble le jour suivant.

Une très bonne idée, car ça m’a vraiment permis de prendre mes premiers repères d’une manière beaucoup plus agréable.

Je me suis rendu compte que ce bruit insupportable finissait pas disparaître au bout de quelques heures, que les regards insistants sur moi (1m93, châtain, écarteurs aux lobes et beaucoup, beaucoup de tatouages) étaient de la curiosité et se soldaient par de jolis sourires.

Par la suite j’ai réalisé que la plupart des voyageurs que j’ai rencontrés étaient passé par les mêmes étapes. L’Inde nécessite un certain temps d’adaptation. J’avais déjà fait un voyage en Chine du sud ou le dépaysement était complet mais encore une fois, ça n’avait rien de comparable à ce que j’ai ressenti en Inde.

J’ai ensuite pris la direction du Taj Mahal, dans la ville d’Agra. Ce mausolée est bien sûr splendide mais il ne dépasse pas la beauté d’autres découvertes indiennes.

J’ai parcouru 3 646 km durant mes 22 jours de voyage (si je me fie à Google map). J’ai principalement pris le bus, l’un d’entre eux à d’ailleurs percuté un camion (et oui à chaque jour sa nouvelle expérience), et le train.

Je me suis arrêté dans neuf villes très différentes les unes des autres. Trois m’ont particulièrement marqué. J’ai décidé de vous en parler plus précisément.

Varanasi

Varanasi se situe à l’écart du reste de mon parcours. Bien qu’il me fallait faire 1200km aller-retour pour m’y rendre, je suis très heureux aujourd’hui d’avoir fais ce choix.

Anciennement appelée Bénarès, il s’agit de l’une des plus vieilles villes encore habitées au monde. Elle a également une signification particulière pour les Hindous qui la considèrent comme l’une des sept villes sacrées de l’hindouisme. Elle borde le Gange par de ghâts qu’on ne se lasse pas de découvrir et de redécouvrir.

En Inde, les ghâts sont des marches qui descendent vers l’eau. S’y déroulent des scènes de la vie quotidienne mais également et surtout des processions et des recueillements. C’est également en bas de ce ghâts que les hindous viennent s’immerger dans le Gange afin de se laver de tout leurs pêchés. Une autre caractéristique bien particulière de la cité est qu’elle est l’endroit ou les corps doivent être brûlés si l’on souhaite arrêter le cycle de réincarnation des personnes décédées.

 

En fait, un véritable spectacle de vie qui permet de se sentir bien dans ce lieu hors du commun. J’y ai vécu l’un des plus beaux instants dont je me souvienne lorsque j’ai assisté au lever du soleil et à la vie qui reprenait sur le ghâts depuis une petite barque qui flottait sur le Gange. Deux heures de navigation paisible et une quiétude qu’on ne peut pas décrire.

Je suis resté trois jours dans cette merveilleuse ville mais croyez moi, j’aurai pu y passer des semaines.

Bundi

Bundi a été une réelle surprise pendant mon road trip indien. Avant de partir, je n’avais pas prévu cette ville sur mon parcours et c’est en discutant avec un mexicain à Jaipur que j’ai commencé à m’y intéresser.

J’étais un peu près au milieu de mon voyage et je commençais à en avoir un peu marre des grandes villes ou je retrouvais plus ou moins toujours la même atmosphère. Alors quand Rodrigo m’a parlé de cette « petite » ville au milieu des montagnes, j’ai décidé d’y faire un saut. Encore une fois, je n’ai pas été déçu.

 

Plus calme que les autres villes que j’avais visitées, j’y ai découvert, ce qui restera pour moi, le plus beau monument de mon existence : le palace de Bundi.

Après quelques recherches, j’ai décidé de passer mes nuits dans l’ancienne « grange » à éléphant royaux, une partie du palace qui à été transformé en guest house. Un endroit très rustique et modeste, tenu par une humble famille qui avait du mal joindre les deux bouts. C’était un lieu calme et ça, en Inde, ça fait vraiment du bien.

Raj, mon hôte, ma donné un bâton avant que je ne parte pour la visite du palace. Je lui ai demandé pourquoi, et il me répondit : « pour éloigner les singes, ils ne sont pas très gentils »…

Armé de mon bâton je suis parti me promener dans ce palace délabré. Délabré certes mais splendide. J’ai eu la chance d’y errer seul avec pour seuls compagnons des singes, des chauves souris et quelques autres animaux. Cet endroit est vraiment un lieu d’une très grande beauté, qui ne peut être restauré pour le moment, faute de moyens. C’est ce côté défraichi qui m’a le plus séduit. Pénétrer dans une pièce envahie par la nature mais dont les murs sont toujours recouvert de fresques d’il y a plusieurs centaines d’années c’est assez incroyable.

Le palace est entouré d’un parc, où logent de nombreux singes (qui ne sont pas très amicaux, effectivement), et qui donne sur le fort et les remparts de la ville. Très beau lui aussi, il permet d’avoir une vue dégagée sur la belle cité de Bundi. Ce lieu m’a tellement marqué que j’ai choisi de me faire tatouer un morceau du palace durant mon séjour.

Jaisalmer

Le dernier endroit qui aura été particulièrement puissant durant ce séjour, c’est la cité dorée de Jaisalmer. Située à 100km de la frontière pakistanaise, cette ville fortifiée était l’une des grandes étapes des caravanes entre l’Inde, l’Orient et l’Occident. Il suffit de se balader dans les ruelles de la forteresse pour y ressentir l’histoire du passé.

Hormis le joyaux qu’est cette ville, j’ai découvert un autre aspect de l’Inde lors de mon escale à l’ouest du Rajasthan : le désert.

J’ai décidé de partir trois jours et deux nuits à dos de chameau. Nous étions trois, Matar, guide dans le désert depuis 13 ans, Ron, un jeune voyageur israélien qui avait besoin de respirer après trois longues années de service militaire obligatoire et moi. Après avoir rencontré les élèves d’une école au milieu du désert, c’était le grand départ pour ce safari aride.

Nous avons partagé des moments très forts et très simples au milieu de la terre desséchée et des dunes de sable. Des heures de silence à observer le spectacle du vent sur le sable, regarder Matar préparer un délicieux Masala Chaï ou cuisiner pour nous trois, voire découvrir nos musiques préférées respectives à la nuit tombée.

Ces quelques jours dans le désert n’étaient vraiment pas confortables, pas de douche, pas de toilette, pas de lit mais le tissu qui couvrait les chameaux en guise de sommier et de couette … au final ça n’a eu aucune importance. Ce moment était parfait tel qu’il était.

Une dernière chose qui m’aura particulièrement émue c’est notre entente à tous les trois malgré nos grandes différences, Matar est indien musulman, Ron juif israélien et je suis français agnostique.

C’est avec cette aventure dans le désert que j’ai fini mon voyage indien.

J’étais satisfait de mon séjour et heureux de rentrer, de retrouver mes proches. C’était comme si tout s’était déroulé exactement comme il le fallait. Comme si chaque évènement indésirable ou pénible avait apporté quelque chose de plus. Par exemple, mon voyage le plus long en train dura 22h à la place de 14h initialement annoncées. Mais au lieu d’être un moment d’attente, il s’est transformé en une découverte de la vie intérieure d’un train (et je peux vous dire qu’en Inde, il y en a de la vie dans les trains).

Il y aurait beaucoup d’autres anecdotes à raconter mais plutôt que de me lire, je vous encourage à vivre les vôtres. J’ai rencontré de belles personnes, je n’ai jamais ressenti la moindre agressivité ou méchanceté à mon égard. Et au risque de paraître plus gros qu’un cliché, j’ai gagné en spiritualité et en paix, réellement. Bien sûr, tout n’est pas rose dans ce pays. La condition de la femme, le travail des enfants, les castes ou encore l’extrême pollution sont des sujets qui auraient vraiment besoin d’être traités et améliorés.

Ce voyage aura été un big bang émotionnel et je n’ai aujourd’hui qu’une seule hâte : en vivre d’autres. Je met en lien cette petite vidéo qui apporte quelques images de ce que j’ai vécu pendant ces 22 jours inoubliables.


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4 COMMENTAIRES

  1. Merci, oui l’Inde ne peut nous laisser indifférents, elle nous touche, elle nous va droit au cœur, merci pour ce partage
    qui ne montre pas que le beau, la réalité dans toute sa splendeur, mais également la pollution et la misère. C’est un tout, qui vous saute à la figure, mais le sourire d’un enfant et la joie de vivre des plus démunis nous donnent à réfléchir…

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