Pendant que certains s’amusaient à esquiver les touristes dans les rues du centre de Strasbourg, un autre Marché de Noël, loufoque, secret, un peu excentré et excentrique, se déroulait dimanche 17 décembre. Le hangar-atelier d’artistes La Semencerie, s’est transformé en Kermesserie. Retour sur cet événement annuel d’hiver pour le moins insolite.

Chaque Noël, les artistes résidents et leurs amis exposent leurs œuvres autour d’une série d’activités ludiques et merveilleuses pour les petits et les grands. Cette année le thème était donc la Kermesse… et toujours à la manière et avec l’esprit de la Semencerie : entre récup, DIY et folie créatrice.

Le lieu ouvre à 14h. Je mets les pieds dans le hangar. Devant moi, une grosse boite noire et un rideau cachent le reste de l’espace (plusieurs centaines de mètres carrés). Sur la boite, je vois une petite manivelle avec écrit « tournez rapidement dans le sens des aiguilles d’une montre ». Tel un bon mouton, je m’exécute docilement. Au-dessus de la boite, il y a un petit trou. A force de tourner, quelque chose de blanc sort du trou. C’est un doigt d’honneur. Je me sens très con, mais au moins, ça annonce le ton de ce qui va suivre.

DIY, récup, horizontalité et solidarité sont les chevaux de bataille de la Semancerie

À ma droite, des gens ramassent des balles pour un chamboule-tout des plus étranges. Il faut viser des totems comme si l’on débarquait dans un sport d’une tribu aborigène ou une épreuve de Koh Lanta. Quand on touche la cible, ça s’active, ça fait du bruit, l’œuvre est vivante. On rentre dans l’univers de la Semencerie.  Par terre, un cerveau dans une cage d’oiseau, à côté, un flipper infernal suivi d’un alsacienne en carton dans laquelle on peut mettre sa tête. Deux personnages s’activent à côté de moi. Un drôle de bonhomme se trouve être un animateur de cette Kermesserie. Au look entre steampunk et vagabond, l’énergumène aux dreads colorés est en train de régler un casque de réalité virtuelle pour une autre personne parée d’un cerveau alien sur la tête. Ils partent ensuite pour un tour en brouette à la Mad Max. Ça fait 5 minutes que je suis entré et je suis déjà à la fois perdu et émerveillé. Je ne comprends rien. La décoration est à la fois esthétique et dérangeante, les activités ludiques mais spatiales. On est sur une autre planète.

Je tombe enfin sur ce que je cherche. L’atelier de Cheval-Bâton. C’est ici que se préparent les montures des concurrents. A l’origine de l’idée et responsable de ce stand, Agnès B. m’accueille à bras ouverts. Pour l’instant il n’y a pas grand monde, vu que ça commence à 18h. J’en profite pour faire un tour avant de me lancer dans la confection de mon futur fidèle destrier.

J’arrive sur un espace précédé d’une scène pour l’instant vide. Il y a beaucoup d’activités, toutes aussi folles les unes que les autres. On passe d’un jeu vidéo alimenté par un vélo dans lequel on incarne un postier qui doit éviter les tirs et les voitures… à un tir au fusil à billes sur une maison remplie de terroristes … Je suis à deux doigt d’achever le boss de fin (une pieuvre/kraken plutôt agile), mais mon manque d’adresse et le stress eurent raison de mes dernières billes. Pour me remettre psychologiquement de cette défaite, je regarde le combat à mort entre deux pantins gladiateurs animés par deux visiteurs. L’affrontement brutal se termine plus vite que prévu. Une parade et une estocade suffisent à décapiter l’un des petits combattants articulés, juste 5 secondes après le lancement du combat par l’arbitre.

Une petite tour est remplie de jouets pour les gagnants des jeux. J’ai la flemme d’essayer de nourrir un cachalot en tissu en ramassant des poulpes qui bougent avec une main en métal (assez des jeux d’adresse pour aujourd’hui, je ne digère toujours pas le stand de tir). Je prends un ticket en prix libre à une animatrice accompagnée d’une boombox pour enfant aux bruits étranges avant de me diriger vers un vieil ordinateur transformé en station arcade. Au programme : StreetFighter et Pacman et autres douceurs du siècle passé.

Après ce moment de nostalgie et une petite bière locale engloutie, je me dirige vers le marché des artistes. Le long d’un petit couloir se dévoile différentes séries de créations, utiles comme esthétiques, provocantes comme intrigantes. Entre le carnet de notes fait avec des paquets de feuilles à rouler, les stickers subversifs, les figures sexuelles en papier cartonné et les vêtements, mobiliers et accessoires fait en matières récupérées, il y en a pour tous les goûts. Une fois ressorti, je voulais tenter l’expérience des cyclo-tamponneuses (auto-tamponneuses mais à vélo en gros), mais un spectacle théâtral commençait à se mettre en place sur la grande scène. Les acteurs jouent un conte fantastique un peu loufoque avec bruits d’animaux, guitare et chants étranges mais au résultat assez divertissant et absurde.

Beaucoup de visiteurs commencent à arriver et l’heure du défi du Cheval-Bâton approche à grands sabots. Après un rapide Morpion métallique aimanté suspendu (assez dangereux), je décide donc de m’atteler à la préparation de ma monture. A l’atelier, je prends une grande chaussette que je rembourre, je la fixe à un bâton de balais grâce à de la ficelle pour avoir la base de mon fidèle destrier. Je lui rajoute des yeux et une bouche à la super-glu et je lui confectionne deux oreilles avec de nouvelles chaussettes. Il est fin prêt pour la course.

Une petite dizaine de courageux concurrents dans les starting-blocks 

Une fois le terrain mis en place et la petite dizaine de participants prêts, Agnès prévient le jury et le public que nous allons commencer. En tenue de cow-girl prête à lancer le top départ d’un rodéo d’exception, elle énonce la liste des participants : Crazy Horse (c’est le mien), Saw6, Premier Ordre, Johnny Jumper, Poussière (le balais), Metehorse… Chacun son tour, nous essayons de faire le tour de la scène le plus vite possible en sautant par dessus les obstacles. Il y a des points pour la rapidité, l’originalité du nom et de la tête du cheval et aussi pour la performance artistique de la course.

Heureusement, à la fin, chacun à pu avoir un prix (par fair-play et pour faire plaisir aux enfants participants), étant blessé d’avance, malgré ma piètre performance j’ai eu le droit à la plus belle récompense: LE PRIX DU HANDICAP. Certains, n’ont pas réussi à tenir les rennes de leur cheval et ont du faire du hors piste, ou des figures plus que scabreuses, ce qui leur a valu de nombreux points artistiques. Au final, après dernier tour de terrain tous ensemble et une remise de prix sur la scène centrale, l’événement se clôture avec les félicitations du jury et du public, conquis.

La soirée continue en musique pendant quelques heures après avec un orchestre. Tout le monde rentre chez lui le sourire aux lèvres et avec un cheval-bâton médaillé à ramener à la maison. Je sais toujours pas ce que je vais en faire, peut-être l’entraîner et l’améliorer pour la prochaine édition…

Crédit Photos: Martin Lelièvre pour Pokaa


La Semencerie

42 rue Ban de la Roche

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Orchestre de clôture

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